Arsenal N°8

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Communiqué du 31 mars de la Dirpol du Lys Noir.

Alors que la campagne pour la primaire de la droite et du centre bat son plein, la droite de la droite est en voie d’émancipation. Cette frange, représentée notamment par le groupe parlementaire de la Droite populaire, mais aussi par le lobby interne Sens commun, issu des milieux catholiques de la Manif pour tous, manque de figure forte au sein de la primaire. En effet, si Hervé Mariton ainsi que Jean-Frédéric Poisson se sont portés candidats pour cette primaire, aucun de ces deux tenants d’une « droite forte », porteuse de valeurs traditionnelles, ne parvient à percer dans la campagne. Face aux ténors du parti Les Républicains, Nicolas Sarkozy, Alain Juppé et Bruno Le Maire – les trois favoris de cette joute électorale interne – les candidats de la droite des valeurs demeurent désespérément inaudibles.

Le plus modéré, mais néanmoins défenseur d’une ligne davantage « à droite », François Fillon, pourtant ancien Premier ministre, ne parvient pas non plus à faire décoller sa campagne pour l’investiture. Celui qui en son temps s’opposa au traité de Maastricht et fait figure de souverainiste modéré et porteur de valeurs mais là aussi de façon modérée, ce qui lui permettrait d’être une figure de compromis, susceptible de faire l’union au sein de son camp, souffre d’un manque de charisme chronique, handicapant fortement cette course, où règne la personnalisation.

Une autre candidate déclarée, Nadine Morano, fait quant à elle figure de radicalité au sein de son mouvement politique. En effet, depuis que l’ancienne député de Toul a cité une phrase de Charles de Gaulle lors de l’émission de télévision « On n’est pas couché » de Laurent Ruquier, faisant référence à la prédominance de la race blanche et de la culture helleno-chrétienne en France, celle-ci est devenue une exclue du champ du politiquement correct, la rendant en retour automatiquement sympathique aux partisans d’une droite décomplexée. Néanmoins, celle qui s’est déclarée candidate, en guise de vengeance de son éviction de la tête de liste Les Républicains en Meurthe-et-Moselle lors des élections régionales de décembre 2015, risque fort de voir sa candidature tourner court. En effet, pour pouvoir être officiellement candidat à la primaire de la droite et du centre, un certain nombre de parrainages de parlementaires sont nécessaires. Or, rien n’est moins sûr que l’actuelle député européenne parviendra à convaincre ses collègues républicains de soutenir cette candidature contestataire. Quand bien même Nadine Morano réussirait à recueillir ces parrainages, il est peu probable que sa candidature ne dépasse le stade du divertissant trollage de la campagne.

En tout état de cause, aucun des quatre candidats, défendant bon an mal an certaines valeurs traditionnelles n’a, à l’heure actuelle, des chances réelles de s’imposer comme le candidat de la droite et du centre pour l’élection présidentielle de 2017. A l’inverse, les candidats qui sont le mieux à même de s’imposer, au vu des sondages actuels, défendent tous, à des degrés divers, un ordre libéral-libertaire. Alain Juppé se pose en candidat du centre-droit, social-démocrate, seul rempart tenace face à l’extrême-droitisation de la vie politique française et seul capable d’écraser Marine Le Pen au second tour de l’élection présidentielle, sa candidature étant en mesure de rassembler aisément les voix du Parti socialiste. Bruno Le Maire se veut, lui, le défenseur de certaines libertés économiques, débarrassé du fardeau des valeurs morales de la droite traditionnelle, avec un vernis jeune, de « renouveau du personnel politique ». Il ferait certainement un Emmanuel Macron bis, de « droite ». Quant à l’ancien Président de la République, Nicolas Sarkozy, ses quelques prises de position non-conformes (son relatif soutien envers la Russie de Vladimir Poutine par exemple) apparaissent bien légères, notamment lorsque ces éléments de langage sont comparés aux actes posés lors de son quinquennat, tout particulièrement sa politique anti-souverainiste (passage en force du traité de Lisbonne remplaçant le traité constitutionnel européen rejeté par referendum, réintégration du commandement intégré de l’OTAN, soutien à la politique internationale des Etats-Unis…).

Face à l’échec du camp de la droite des valeurs, cette frange de la droite s’apprêterait-elle à faire sécession ? Plusieurs éléments récents le laissent à penser.

En effet, tout a commencé par la démission du Président des Jeunes de la Droite populaire, Pierre Gentillet de son poste. Ce dernier a déclaré qu’il ne souhaitait pas servir de caution droitarde à un candidat Les Républicains, qui trahirait immanquablement les promesses clientélistes qu’il aurait faites à la droite traditionaliste. Pierre Gentillet n’a pas pour autant abandonné la bataille politique. Bien au contraire. Comme il nous l’avait expliqué dans l’entretien qu’il avait accordé à GéoArsenal (numéro 3), la métapolitique est la mieux à même de faire progresser certaines idées conservatrices. Continuant sur la lancée de son voyage en Crimée cet été, Pierre Gentillet a fondé il y a quelques mois le Cercle Pouchkine, visant à faire converger les patriotes russes et français, pour la défense d’intérêts civilisationnels communs.

La Droite populaire que Gentillet a quitté continue elle aussi son impertinence face au politiquement correct de la droite bobo. Comme nous le rapportions dans notre dernier numéro, le député Thierry Mariani s’est ainsi rendu en Syrie, contre l’avis du Quai d’Orsay, mais aussi bien sûr contre l’avis de l’état-major de son parti. Car ce courant des Républicains se distingue nettement de la ligne géopolitique du reste du parti : Nicolas Sarkozy, soutenu par Alain Juppé (qui a à peu de choses près la même tête que Laurent Fabius!) ont toujours soutenu les guerres américaines, et sont même allés jusqu’à anticiper les souhaits étasuniens en déstabilisant la Libye… avec les résultats que l’on connait. Il ne s’agit pas juste d’une simple divergence de stratégie géopolitique entre ces deux courants – les pro-américains invoquant le droite d’ingérence d’un côté et les pro-russes défendant la souveraineté des États de l’autre – mais bien d’une opposition frontale entre deux ordres civilisationnels : le nouveau et l’ancien.

En soutenant la géopolitique russe, la Droite populaire se place derechef dans le courant traditionnel que ce pays représente aujourd’hui à la face du monde. Ce soutien à la pensée traditionaliste est renforcé par les prises de position en matière de politique sociétale de ce courant des Républicains.

Mais là encore, qui pour défendre ces idées souverainisto-traditionnelles au sein de la primaire ? Aucun de ses défenseurs n’a de chances. Il faut dire que cette ligne géopolitico-culturelle dispose déjà de solides défenseurs plus à droite. Or, la droite républicaine, modérée et bien-pensante cherche désormais à se distancier au moins partiellement de l’accusation qui lui avait été faite d’extrême-droitiser le discours politique français.

À mesure que cette droite molle se renforce dans le processus de la campagne interne aux Républicains et affiliés, la frange des Républicains pro-russe voit son centre de gravité dangereusement tanguer vers les personnalités plus à droite, qui s’affirment résolument appartenant à la civilisation ancienne contre le meilleur des mondes modernes.

Ainsi des figures politiques comme le maire de Béziers, Robert Ménard, s’efforce-t-il de rapprocher ces frères siamois : d’un côté Les Républicains dissidents, de l’autre le Front National tendance Marion Maréchal-Le Pen et tout ce qui tourne sur son orbite (Eric Zemmour, Philippe de Villiers…). La galaxie Marion, alliage de la droite populaire et de la tradition française, pourrait parvenir à un grand rassemblement de la droite traditionnelle, menée par des hommes politiques radicaux, moins susceptibles de reniements.

Alors, si la centrisation des Républicains se confirme (par une victoire – fort probable – d’Alain Juppé à la primaire par exemple), la droite traditionnelle pro-russe aurait le champ libre pour se réunir autour de figures fortes, qui se trouvent de fait en-dehors du parti Les Républicains, tels que Marion Maréchal-Le Pen ou bien Philippe de Villiers et serait en mesure de réaliser une percée historique, raflant à la fois les voix du Front National ainsi que celles des déçus de la droite républicaine.

La France tournerait alors le dos à l’américanisation de sa société, au progrès libéral-libertaire et opérerait un retour salutaire à ses racines traditionnelles, sur le modèle de son nouvel allié russe.